Tribune franco-allemande des Parcs, Jardins et Monuments Historiques – Deutsch-Französisches Park-, Garten- und DenkmalMagazin

Reynel – un château qui intrigue

 

Château Reynel © B. de Cosnac

On le dit « château ». A première vue, il y a deux tours rondes, dont une classée du 12ème siècle, et de belles toitures aux tuiles anciennes. Il y a une grille, une allée et des fleurs. Puis, le chemin fait un virage et voilà le choc : du XVIIIè et du XIXème siècle imposant, dure. Une disharmonie à la fois visible, dérangeante et pourtant inexplicable.

Car d’autres châteaux montrent bien des ailes d’époques différentes sans que nous prennent doute et vertige. A l’intérieur, les interrogations continuent. Certes, il y a un grand hall d’entrée. Mais des meubles de tous styles sont assemblés par ci, posés par là. Et ils sont présentés au visiteur comme

©B. de Cosnac

©B. de Cosnac

des merveilles du monde. Une cuisine dite 15ème dont la seule – belle – trace reste une cheminée avec un foyer imposant. Le reste est du refait neuf de style 19ème. Au cours de la visite, le sentiment devient certitude : l’âme du château s’est perdue au fil des siècles.

Le dernier acquéreur du château de Reynel fut un industriel belge, Mr. Leempoels. Venu à Paris en 1943, il cherchait à se faire naturaliser français et cherchait un lieu pour son entreprise. On lui souffle « Reynel » à l’oreille : des terres, une ferme – et un château. Sans hésiter il déménage ses outils, ses machines et sa famille en Haute Marne. « Ma sœur est née à Paris, mais nous trois autres ici. On avait une belle enfance », affirme la châtelaine actuelle, Anne Leempoels. « On jouait parmi les palettes de bois de l’entreprise, les ronces du parc que mon père décida plus tard de réaménager tout comme le château. » Dans le château l’industriel, pragmatique, finit par installer son entreprise. Dommage, car les traces de souillures restent imprégner dans les sols du hall d’entrée et dans bien

La terrasse©B. de Cosnac

La terrasse©B. de Cosnac

d’autres endroits. Anne Leempoels en a bien conscience, mais l’argent manque pour les enlever. « Le fermage d’ une cinquantaine d’hectares de terre permet tout juste de payer la moitié de l’assurance du château » soupire-t-elle. Elle – ou plutôt la SCI familiale – loue donc pour des mariages des pièces lumineuses à l’étage, la terrasse avec une vue magnifique sur le lac loué pour la pêche. Il attire le public par une collection de peintures d’un oncle plus connu, Jeff Lempoels (1867-1935), peintre symboliste et

de la high society belge. Mais là, aussi un petit malaise nous prend, suite à la présentation de ses oeuvres noyées dans une

Reynel innen 1

A l’étage©B.de Cosnac

galerie de peintures anecdotiques, méritant souvent un meilleur encadrement. Les pastels de Leempoels et quelques portraits justifient cependant un détour ainsi qu’ une huile « Le Destin de l’Humanité ».

Mais l’histoire de famille est plus riche que ne laisse soupçonner le château. « Nous sommes apparentés à Ludwig v. Beethoven » nous explique Anne Leempoels et sort une généalogie faite maison « Il paraît que l’arrière ou l’arrière-arrière grand-mère du compositeur était une Leempoels ». Ah ! Bon. Plus sûr est que l’industriel belge donne à la France des petites inventions heureuses comme des bâtons à glace en bois pour Miko, un fabricant de glace installé également en Haute Marne. Merci Leempoels !

Leempoels reste un industriel dans l’âme et pas un châtelain touché par le beau et le passé. Pragmatique, il regarde le futur. Pragmatique, sa fille a aménagé une maison dans le village où elle est « bien plus heureuse » avec son jardin « à taille humaine ». Pragmatique, les héritiers ont créé une SCI familiale, mais c’est elle qui bouge, nettoie, trouve les clients. Début juillet elle a fait 350 km de voitures pour distribuer les flyers du château. Les autres membres se disent aussi très attachés, mais leur zèle d’implication, semble-t-il, n’est pas à la hauteur de leur attachement.

©B.de Cosnac

©B.de Cosnac

Problème courant de certaines SCI. Aussi préférerait-elle ne pas avoir ce lieu à sa charge, contrairement à un bénévole qui l’épaule. Il fait le guide, est l’homme à tout faire, car, artisan, il sait tout faire. « Je suis heureux d’être ici » sourit-il. « En tant que retraité, j’ai un but et je vois des gens que je ne verrais pas si je restais à la maison. » C’est lui, aujourd’hui, qui défend Reynel bec et ongles. Il remonte le moral à la propriétaire et notre moral aussi. Car nous ne pouvons nous empêcher de penser l’évidence  : il ne suffit pas d’acquérir un château pour devenir châtelain dans l’âme. Gare à tous ceux qui ont, aujourd’hui, les moyens, mais ni la sensibilité, ni le goût, ni l’esprit. Nous en reparlerons dans un autre reportage.

Avant, nous nous ressourçons à « La Source bleue », une ancienne usine de papier, transformée en hôtel-restaurant classé. Cet endroit fait partie d’un autre patrimoine : modeste, sincère et bucolique.

Bettina de Cosnac, Ed. et rédactrice en chef de MoNo

 

 

Reynol – ein Schloss, das Fragen aufwirft

 

 

Schloss Reynel -Türme des 12. Jh. und später sowie  besondere Dachziegel©B. de Cosnac

Schloss Reynel -Türme des 12. Jh. und später sowie besondere Dachziegel©B. de Cosnac

Man nennt es « Schloss ». Auf den ersten Blick zwei Rundtürme, davon ein denkmalgeschützter aus dem 12. Jh. , schöne, mit alten Ziegeln eingedeckte Dächer ; ein schmiedeisernes Tor, eine Allee, Blumen. Dann eine Wegkurve und ein Schock: 18. Jh. und 19. Jh., wuchtig, hart. Eine sichtbare und doch unerklärliche Disharmonie, weisen doch auch andere Schlösser durchaus verschiedene architektonische Stile

Fassadenvielfalt©B.de Cosnac

Fassadenvielfalt©B.de Cosnac

auf, ohne dass einen schleichendes Unwohlsein überkommt. Das Schlossinnere verstärkt die Zweifel. Gewiss, es gibt eine imposante Eingangshalle, aber auch Möbel aller Stilrichtungen, hier gekauft und dort beliebig hingestellt, wobei sie dem Besucher quasi als kleine Weltwunder angepriesen werden. Eine Küche wird einem als 15. Jh. verkauft, obwohl dessen einziges schönes Relikt die große alte Feuerstelle ist. Der Rest ist durchweg Übertünchtes, ein ungeschickter Historismus des 19. Jh. Während der Führung wird das Gefühl zur Gewissheit: Dieses Schloss hat im Laufe der Jahrhunderte seine Seele verloren. 

Schloss Reynel aus dem privaten Fotoalbum©B. de Cosnac

Schloss Reynel aus dem privaten Fotoalbum©B. de Cosnac

Der letzte Käufer von Schloss Reynel war ein belgischer Industrieller. 1943 kam er nach Paris, suchte die französische Einbürgerung und einen Ort für seine Fabrik. Man raunt ihm „Reynel“ ins Ohr – Ländereien, ein Hofstelle und ein Schloss. Ohne zu zögern zieht er mit Werkzeugen, Maschinen und Familie in die Haute Marne. „Meine Schwester wurde noch in Paris geboren, aber wir drei anderen hier. Wir hatten eine schöne Kindheit“, versichert Anne Leempoels, derzeitige Schlossbesitzerin. „Wir spielten zwischen den Holzpaletten der Fabrik und den Dornen des Parks, den mein Vater später zusammen mit dem Schloss restaurierte.“ Pragmatisch nutzte der Industriekapitän das Schloss als Fabrikhalle, was bis heute sichtbare Spuren auf den Böden hinterließ. Anne Leempoels ist sich dessen bewusst, aber das Geld reicht nicht, um sie zu beseitigen. „Die Landwirtschaftspacht der ca. 50 Hektar deckt gerade Mal die Hälfte der Schloßversicherung“, seufzt sie. Sie bzw. die juristische Familiengesellschaft SCI vermietet deshalb die Licht durchfluteten Säle der ersten Etage für Hochzeiten, die Terrasse mit endlosem Blick über den Angelteich und lockt das Publikum mit einer Sammlung von Gemälden eines berühmteren Onkels, Jeff Leempoels (1867-1935). Der Symbolist porträtierte u.a. die belgische High Society. Aber auch hier beschleicht einen ein ungutes Gefühl gehen doch seine Bilder in einer Galerie zweifelhafter, staubiger und schlecht gerahmter Gemälde quasi

©B.de Cosnac

©B.de Cosnac

unter. Einige Pastelle, Porträts und das Ölgemälde „Schicksal der Menschheit“ lohnen dennoch den Abstecher. Nur muss man sie entdecken inmitten der Ansammlung.

Die Familiengeschichte scheint reicher als das Schloss vermuten lässt. “Wir sind mit Ludwig von Beethoven verwandt“ erklärt Anne Leempoels und zückt einen selbst gefertigten Familienstammbaum. „Seine Grossmutter oder Ur-Urgrossmutter war eine Leempoels.“ Ach was! Es fehlt die Zeit, die überraschende These zu prüfen. Unangefochten ist jedoch, dass der Industrielle Leempeols Frankreich so wunderbare kleine Erfindungen wie die hölzernen Stiele für Miko’s « Eis am Stil » vermachte. Schliesslich war Eisfabrikant Miko ein Nachbar in der Haute Marne.

Lemmpoels blieb Zeit seines Lebens im Herzen ein Industriekapitän. Er wurde kein Schlossherr mit Sensibilität für Schönes und Vergangenes und dem gewissen Etwas. Pragmatisch war er und zukunftsorientiert. Pragmatisch kaufte sich auch Tochter Anne ein Haus im Dorf. „Im Häuschen mit kleinem Garten lebe ich weitaus glücklicher als im Schloss“. Und pragmatisch kreierten auch die Erben eine steuerlich vorteilhafte Familien-SCI, mit den menschlichen Nachteilen, dass einer alles macht, putzt und

Vue sur la terrasse©B. de Cosnac

Vue sur la terrasse©B. de Cosnac

die Vermarktung steuert. Anfang des Sommers legte Anne Leempoels über 350 km zurück, um Werbezettel zu verteilen. Andere Familienmitglieder hängen zwar auch am Schloss, aber kommen eher, um sich auszuruhen. Klassische Probleme! Deshalb wäre es der Co-Besitzerin fast lieber, sie hätte kein Schloss und keine Last. Anders sieht es ihr einziger freiwilliger Helfer. Er ist ein Mann für alle Fälle. Als Handwerker ein Alleskönner. Er macht die Führungen und repariert, wo es bricht und leckt. „Ich bin hier glücklich. Als Rentner habe ich ein Ziel und treffe Leute, die ich sonst nie treffen würde.“ Er baut die Schlossherrin auf. Und auch uns. Denn man kann sich des Gedanken nicht erwehren: ein Schloss zu besitzen reicht nicht, um Schlossherr mit Leib und Seele zu werden. Reynel ist eine Warnung für all jene, die heute die Mittel haben, sich ein Schloss zu kaufen, aber weder über das nötige Gespür noch die Sensibilität verfügen. In weiteren Reportagen werden wir darüber berichten.

Zuvor aber empfehlen wir eine Erholungsreise in die „Source bleue“ (Haute Marne), eine ehemalige, in ein ausgezeichnetes Logis-Restaurant umgewandelte Papierfabrik. Sie gehört zu einer anderen Art von Denkmal – idyllisch, bescheiden, mit Liebe gestaltet, authentisch. (MoNo)