Tribune franco-allemande des Parcs, Jardins et Monuments Historiques – Deutsch-Französisches Park-, Garten- und DenkmalMagazin

Secrets du jardin de Silière à Cohons

Robert Sauvegrain@B.de Cosnac

Robert Sauvegrain@B.de Cosnac

Il y a de ces lieux qui ne semblent pas à leur place. Le Jardin de Silière à Cohons, en Haute Marne, en fait partie. D’une beauté inattendue, avec un manoir aux pierres aimables de l’Anjou ou de la Dordogne, et un parc aux jeux d’eau calculés en descente souterraine et en cascades visibles. Un digne rappel en miniature des jeux d’eau de grands châteaux comme Marly-le-Roi, voir de Versailles. C’est à ce dernier qu’on se réfère bien sûr en France dès qu’on a un carré de terre avec un jardin à la française. Mais ici, chose plaisante, les propriétaires en gardent l’esprit critique et une louable distance. «  On dit… dessiné par Le Nôtre, mais la preuve n’existe pas » me rassure en souriant Robert Sauvegrain, le gendre de feu Pierre Masson. Ce dernier avait repris le jardin à la veille de sa retraite anticipée et le gérait jusqu’à sa mort à 94 ans en 2012.

Depuis deux cents ans que la Silière est dans la même famille, le tracé du jardin a

Le jardinier et la cascade@B.de Cosnac

Le jardinier et la cascade@B.de Cosnac

été seulement modifié une seule fois au 19ème siècle. Ceci pour ajouter à la partie française un jardin anglais à la mode à cette époque et rediriger les eaux souterrains. Mais si le dessin est resté le même, son interprétation et réinterprétation a largement évolué vers une quête spirituelle. Aussi la visite se présente-t-elle comme une visité psychologique, mythologique et de recherche de la Lumière au sens religieux du terme.

A l’origine de cette nouvelle interprétation, un industriel sensible, torturé dans l’âme par le lourd héritage d’une famille traumatisée par les guerres 14-18 et 40. S’y ajoutent des devises insensées d’un faux amour tel « mort pour la France » ou bien « qui aime bien, châtie bien ». Blessures morales, physiques et diktat du Buch lumiere«on ne peut pas ne pas» comme on en rencontre si souvent dans les vieilles familles. Il obéit, reprends l’entreprise jusqu’au jour où il se révolte et ce met « en marche ». Oui, « en marche ». «En marche ! Vers la lumière » comme Pierre Masson intitule son autobiographie plus tard. Il est « en marche » bien avant le président Emmanuel Macron. Eclairé, il était déjà « en marche » pour changer soi et son entourage et faire rayonner une autre France. Entre des retraites religieuses bénédictines ou trappistes, des séances de yoga, de réveil japonais et des essais de « zénitude », il trouve la paix intérieure et l’interprétation de son jardin. Pour lui, la Silière, rectangulaire, représente le

Bassin de Neptune@B. de Cosnac

Bassin de Neptune@B. de Cosnac

corps humain et un arbre de vie. C’est un jardin biblique, un « jardin de délices », un éden de ressources. Du grand bassin de Neptune où l’homme apprivoise ses monstres des profondeurs, une ascension de trois cent mètres plus loin de la maison et plus haut. Une ascension vers la Lumière représentée – à tort ou à raison – par une statue de Louis XIV, roi soleil. Pourtant, ce roi n’avait encore rien à voir avec le siècle des Lumières. Il y a donc lumière et lumières. L’acheminement implique aussi une halte au

bassin de Diane pour finir « au crâne » de l’homme, au bassin de l’amour, où Orphée, manquant de confiance, perd une nouvelle fois son Eurydice dans l’enfer. L’amour perdue dans l’âme, nous bifurquons vers le jardin anglais où, assis sur le banc dit des poètes, nous rêverons d’une meilleure fin. La contemplation de plusieurs arbres classés « remarquables » et le joli tintamarre des eaux qui coulent et dansent y aident. Et quand la visite est terminée, nous voulons rester encore longtemps dans ce jardin de quête de douceur et « vibrations inter religieuses» et en apprendre plus. Les propriétaires actuelles ressentent de même. Autour d’un jus de pomme fait maison, nous poursuivons ainsi la quête du sens de la vie dans ce jardin classé MH et lauréat d’un prix Vmf en 2017. Le propriétaire Robert Sauvegrain – avec son épouse Isabelle – est aujourd’hui délégué EBTS des jardins de la Haute-Marne et président régional pour l’ association A.R.B.R.E.S., qui s’occupe d’arbres remarquables. Dans la grange, une exposition photo souligne cette démarche. Silière est un petit bijou. Un jardin de sources et de ressources. A quelques kilomètres de Langres, ville magnifique de la Renaissance, le jardin de trois hectares s’intègre dans un paysage joliment vallonné pour raconter sa propre histoire. Une histoire surprenante.

Bettina de Cosnac, rédactrice en chef  MoNo

Der geheimnisvolle Garten Silière in Cohons

 

 

Les bonnes mains du jardin@B.de Cosnac

Les bonnes mains du jardin@B.de Cosnac

Es gibt Orte, die nicht am rechten Platz zu sein scheinen. Der Silière-Garten in Cohons, zwischen Champagne und Burgund, gehört dazu. Von überraschender Schönheit, mit einem Herrenhaus aus freundlichem Anjou-Gestein, und einem Park wohldurchdachter unterirdischer Wasserkanalisation und oberirdischer Wasserspiele. Eine würdige Erinnerung in Miniatur an jene Wasserspielereien von Marly-le-Roi oder Versailles. Versailles bleibt natürlich DIE

©B.de Cosnac

Referenz in Frankreich, sobald man ein Fleckchen Erde mit einem französischen Garten besitzt. In Silère jedoch, bewahren die Gartenbesitzer einen angenehm kritischen Blick: „Man sagt, er sei von Gartenarchitekt Le Nôtre gezeichnet, aber einen Beweis gibt es nicht“, beruhigt mich lächelnd Robert Sauvegrain, Schwiegersohn des verstorbenen Besitzers Pierre Masson. Letzterer hatte den Garten kurz vor seiner vorgezogenen Rente übernommen und ihn bis zu seinem 94. Lebensjahr gepflegt.

Seit 200 Jahren gehört Silière derselben Familie. Nur ein einziges Mal, im 19. Jahrhundert, wurde seine Struktur verändert. Der in Mode gekommene englische Park ergänzte die französische Struktur. Wenngleich die Gartenanlage dieselbe blieb, änderte sich im Laufe der Jahrhunderte seine Philosophie und Interpretation, um letztlich als „spirituelle Suche“ ausgelegt zu werden. Der Gartenrundgang wird zu einer psychologischen, mythologischen

Reise auf der Suche nach der „Erkenntnis“ im religiösen Sinne. Eingeleitet wurde diese spirituelle Interpretation durch besagten Pierre Masson, einem sensiblen Industriellen, dessen Familie durch den Ersten und den Zweiten Weltkrieg tiefe Traumata erlebte. Hinzu kamen falsche, manch junges Leben kostende Liebesparolen an das „Vaterland“ – wie das hoch gelobte „gestorben für Frankreich“ –

Eines der vielen Wasserbecken©B. de Cosnac

Eines der vielen Wasserbecken©B. de Cosnac

oder fragwürdige Erziehungsmaßnahmen nach der Devise „wer wirklich liebt, straft viel“. Moralische und physische Verletzungen, ein Diktat des „wir können doch nicht umhin…“, wie man es oft in traditionsreichen Familien findet. Besagter Industrieller ist folgsam, übernimmt brav das Unternehmen, gehorcht bis zu jenem Tag, wo er sich auflehnt und sich „auf den Weg macht.“ Ja, auf den Weg macht. „Unterwegs! Zum Licht“* betitelt Pierre Masson später seine Autobiographie. Er hat sich lange vor Präsident Emmanuel Macron

Ein letzter Blick in den Garten@B.de Cosnac

auf den Weg gemacht – um sich und seine Umgebung zu ändern und ein anderes Frankreich zum Leuchten zu bringen. Nach Einkehr bei Benediktinern und Trappisten, zwischen Yoga, japonischem erwachen und „Zen“-Versuchen, findet er schließlich seinen inneren Frieden und die Interpretation seines Gartens. Für ihn ist stellt der rechteckige Silière den menschlichen Körper dar und den Lebensbaum. Es ist ein biblischer Garten, ein „Garten der Freuden“, ein kraftvolles Eden der Erneuerung. Ausgehend vom großen Neptunbecken, wo der Mensch seine inneren Dämonen bekämpft, erfolgt der Anstieg über 300 Meter vom Haus zum „Himmel.“ Ein Anstieg der „Erleuchtung“, der – zu Recht oder Unrecht – zur Büste eines Ludwig XIV. führt, dem Sonnenkönig. Obwohl dieser noch nichts mit der kommenden Aufklärung (Erkenntnis/Erleuchtung) des 18. Jh. am Hute hatte. Erkenntnis und Erkenntnisse. Der Pfad führt auch entlang eines Diana-Beckens bevor er am „Kopf“ des Menschen, an der Fontäne der Liebe endet, wo Orpheus „mangels Vertrauen“ ein zweites Mal seine Euridike in der Hölle verliert. Die verlorene Liebe im Herzen, betreten wir den englischen Teil des Gartens, um auf der „Bank des Poeten“ von einem besseren Ende zu träumen. Der Anblick zahlreicher als „besonderer Bäume“ gekennzeichneter Riesengewächse vor dem Rauschen und Glucksen der tanzenden Gewässer helfen dabei. Nach Ende der Besichtigung würden wir gerne noch länger in dem Garten verweilen, auf der Suche nach „transreligiösen Schwingungen“ – und mehr Wissen. Den Besitzern von Silière geht es ähnlich und so setzen wir die Sinnsuche im Grünen bei einem Glas köstlichen, hausgemachten Apfelsaft fort. Wir lassen uns von einem gepflegten und gehegten Garten inspirieren, der heute unter Denkmalschutz MH steht und 2017 Preisträger einer privaten Denkmalvereinigung (Vmf ) wurde. Robert Sauvegrain besitzt zusammen mit seiner Frau Isabelle Silière und wirkt u.a. als Regionalpräsident des Vereins A.R.B.R.E.S., der sich um bemerkenswerte Bäume kümmert. Eine Fotoausstellung in der Scheune illustriert die Arbeit. Silière ist ein kleines Schmuckstück. Ein überquellender Grund vieler Quellen. Nur wenige Kilometer von der Renaissancestadt Langres gelegen, schmiegt sich der drei Hektar große Garten diskret in ein hügelreiches Land. Und erzählt seine eigene Geschichte. Eine Geschichte, die überrascht. (MoNo)

*Übersetzung MoNo